L'enquête menée au sein du CRASC (2002/2004) par le groupe de chercheurs en psychologie , sur les suicides et les tentatives de suicide chez les 15/25 ans dans la wilaya d'Oran a permis d'aboutir aux résultas suivants :
- La majorité des tentatives de suicide, soit près de 75% sont des femmes et 25% sont des hommes. Ces chiffres montrent que les femmes font une tentative de suicide trois fois plus que les hommes.
- La tranche d'âge des 15-25 ans représente à elle seule 66% des cas. Les 26-25 ans, sont 21% et environ 12% ont plus de 36 ans et jusqu'à 60 ans. Ces chiffres montrent que prés de 87% des personnes ayant fait une tentative de suicide a moins de 36 ans.
-Concernant la situation familiale : plus de 65% sont célibataires des deux sexes. Mais la proportion des personnes mariées ou l'ayant été (31,5%) nous indique que le mariage ne semble plus constituer un rempart contre le suicide, alors que les études durant les années quatre-vingt, signalaient le mariage comme étant une « protection contre le suicide ». La majorité de ces personnes sont des femmes. Celles qui ont pu être approchées avaient des problèmes avec leur conjoint ou sa belle famille.
- Les raisons invoquées, justifiant le passage à l'acte, sont multiples, mais placent néanmoins le manque de communication et les conflits à l'intérieur de la cellule familiale en première ligne avec 54 cas. Dans la catégorie « Autres », nous avons relevé tout ce qui concerne les différents types de conflits, comme les problèmes conjugaux (ou avec la belle-famille), la disparition d'un être cher, le stress, les femmes battues, le surendettement, le chômage et la grande précarité.
- Les moyens utilisés sont en premier lieu les médicaments (70%), ensuite les produits ménagers (21%) et enfin les défenestrations et la pendaison.
L'approche clinique nous a permis de déceler des difficultés de différents ordres, mais nous pouvons néanmoins dégager deux grandes catégories : si pour certains, la TS semble être le fait de personnalités inconsistantes, fragilisées (mais peut-être pas fragiles), pour d'autres, le passage à l'acte semble plus un comportement exprimant la force du moi et la capacité à se défendre. Ces cas montrent que l'acte suicidaire est vraiment un appel au secours ou un acte déterminé appelant le changement au risque de perdre la vie. Quand la famille est capable de compréhension et d'empathie, cet acte lui fait prendre conscience de sa situation conflictuelle apparente ou non. Mais quand la famille est incapable de replacer l'acte dans son contexte, la tentative de suicide peut aggraver les perturbations au sein de la cellule familiale.
C'est dans ce contexte là que la prise en charge après la TS est primordiale car elle permet de :
- conforter et encourager les familles compréhensives dans leur façon d'appréhender les situations sans haine et surtout sans souffrance
- soutenir les familles déséquilibrées par ce geste, tout en les aidant à considérer la situation sous l'angle du vécu de leur enfant.
- aider ces familles à percevoir cet acte comme une demande d'aide et non comme une agression dirigée contre eux.
Nombre de facettes de ce phénomène nous paraissent insuffisamment explorées. Ces résultats nous ont surtout montré l'impérieuse nécessité d'une prolongation du projet de manière à répondre à quatre objectifs principaux :
Objectif 1 : Réalisation d'un colloque sur le suicide
Objectif 2 : Complément d'investigations cliniques et anthropologiques
Objectif 3 : Rédaction et publication d'un ouvrage sur le suicide en Algérie
Objectif 4 : Projet d'organisation de la prise en charge
Membres de l'équipe de recherche :
Chef de projet : B. Moutassem-Mimouni Maître de recherche
-F.Z. Sebaa Chargée de recherche
-M. Mimouni Chargé de recherche
-Dr B. Djaoui Chargé de recherche
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