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L’enquête Lycoll
Quel place pour le médecin généraliste dans la prise en charge du suicide

Docteur Philippe BINDER
intervention prononcée à La Rochelle le 27 11 99 à l'invitation d'un groupe de psychiatres hospitaliers et libéraux dans le cadre d'une journée intitulée : " LE SUICIDE DES JEUNES de la tentation à la tentative, le problème de tous "

Qui dit suicide, dit psychiatre.

Le psychiatre s'est investi et a été investi par la société de la prise en charge du suicide.

Cependant les faits sont têtus et se glissent rarement dans la réalité qu'on leur impose et lorsque les médecins généralistes se mettent à faire de la recherche, ils révèlent parfois des évidences qui sont souvent trop visibles pour être vues.

Ainsi , l'enquête Lycoll * : " un groupe de généralistes du réseau MG-TOX, a participé avec l'éducation nationale, l'INSERM et l'ORS à l'élaboration et la réalisation d'une grande enquête auprès de 3800 Adolescents de Charente Maritime des classes de 3° et de 2° toutes orientations, CFA incluses et qui interrogeait sur 315 questions. Cette enquête, appelée " LYCOLL ", s'est entourée des garanties scientifiques les plus rigoureuses: tirages au sort géographique des établissements, puis tirage au sort des élèves au sein de chaque établissement, enquêteurs neutres étrangers à l'établissement, unité de temps (la même semaine ) etc. Cette enquête ayant parfaitement respecté cette méthodologie et ayant interrogé plus de 30% de la population visée, les résultats sont particulièrement fiables. Elle s'est déroulée la première semaine de mai 1999 "

Cette enquête montre deux types de résultats significatifs :

● Une réflexion sur les suicidants
● Une réflexion sur les médecins généralistes

1) quelques idées non reçues sur les jeunes et le suicide

● Le taux global de la dépressivité, des idées fréquentes et des actes suicidaires est bien supérieur aux données françaises moyennes connues à ce jour.1/4 évoque des signes dépressifs, 14 % évoquant des idées suicidaires fréquentes, plus de 10 % passent à l'acte et un petit tiers récidive.
Après une TS les ¾ des jeunes ne consultent pas ! ce qui donnent l'ampleur de notre ignorance.
1/5 seulement est hospitalisé
● à peine ¼ a consulté un médecin: un peu plus de la moitié un psychiatre, et un peu moins de la moitié un MG
● Les adolescentes à pratique suicidaire sont significativement plus nombreuses que les autres (non suicidaires) à avoir confiance dans leurs généralistes pour parler de leurs problèmes.

2) quelques idées non reçus sur les médecin généraliste et le suicides

● Le médecin généraliste est le professionnel qui voit le plus les suicidants dans l'année qui précède la TS, et comme indiqué ci dessus, les filles suicidantes multiplient les consultations ! Serait-ce là des occasions d'actions préventives pour le MG ?
● Le médecin généraliste travaille sur un savoir élaboré par des spécialistes sur des cas lourds à l'hôpital et il doit appliquer ce savoir à monsieur tout le monde et à l'ensemble du phénomènes de ces prémisses aux complications lourdes
● Que faire de ces patients qui refusent de voir un psychiatre ou qui ont l'impression d'avoir un dialogue de sourd avec leur psychiatre qui ne semble absolument pas les comprendre ?

En conclusion de ce bref aperçu de cette enquête très riche, il convient de se poser une seule et unique question, :

Faut-il focaliser la recherche sur la " maladie " suicide ou plutôt sur comment et pourquoi les professionnels ont du mal à prendre en charge le suicide ?

* Vous pouvez retrouver sur le site de l'ORS de Poitou-Charentes l'enquête LYCOLL mentionnée dans cette enquête.
http://www.ors-poitou-charentes.org/gestion/pdf/Rapport83.pdf

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